Allepey et les Backwaters
29 septembre
Je suis assise à la terrasse de ma chambre-maisonnette dans le jardin de palmiers. Des dizaines de lucioles scintillent un peu partout dans l’air. Il y a une coupure d’électricité - c’est très courant ici - j’ai donc tout loisir de les admirer dans l’obscurité.
Les bruits de la nature sont très différents. Il y a quantité de bestioles qui chantent, sifflent, grincent, croassent, du très grave au suraigu. Beaucoup de moustiques aussi : je suis au bord de l‘eau ! Le calme serait parfait si un trio de jeunes françaises - toujours des français - ne parlaient pas aussi fort. L’une d’elle a la colique et les deux autres la plaignent a grands cris.
Je suis à Allepey, village coincé entre la mer et le lac Vembanad dans le Kerala. Cet endroit est appelé « village » mais il fait 5 kilomètres de long et autant de large ! Pas facile d’aller de l’hôtel à la mer, et de la mer au lac. Heureusement, ils prêtent des vélos à l’hôtel, et j’ai pu aller voir la mer, me promener en ville, pédaler sur la route qui longe le canal… Pour la première fois, j’ai pu pratiquer les rues indiennes en tant que conductrice ! Ce n’est pas de tout repos, et la circulation ici est aussi dense que dans une ville, mais comme c’est un village, il n’y a pas de feux de signalisation, et les croisements de route sont assez périlleux !
J’ai un petit compagnon dans ma chambre, un lézard doré à grosses pattes qui fait des bonds assez impressionnants d’un mur à un autre.
Aujourd’hui devait être une journée consacré au repos qui finalement n’a pas été si reposante que ça. Réveil à 6 heures du matin : les employés de mon hôtel précédent n’avaient pas grand soucis du confort acoustique de leurs hôtes. Nuit très pénible à cause du bouquant qui m’a fait reporter ma ballade sur le lac à demain et prendre la poudre d’escampette pour un autre hôtel, un peu loin du village mais au bord d’un canal ! La patronne a cuisiné pour les trois Françaises et moi un délicieux poisson épicé avec des petits légumes et des parottas. Excellent ananas pour dessert. A neuf heures pile, notre hôtesse a disparu pour aller réciter son rosaire avec le reste de la famille (25% de la population, selon le guide, est catholique de type syriaque mais j’ignore ce que cela signifie). Ils prononçaient leurs prières à voix haute et toute la maison résonnait de ce murmure chantonnant. Assez saisissant.
Je me suis rendue sur la plage pour voir le coucher de soleil. Les gens, très nombreux, étaient comme au spectacle, tournés vers le soleil couchant. J’espérais également me baigner mais apparemment cela ne se fait pas pour une femme indienne d’aller dans la mer et il n’y avait que des hommes dans l’eau, même pas des fillettes ! J’ai donc seulement trempé mes jambes dans l’eau jusqu’à mi-cuisse, toute habillée bien sûre…
J’ai pris l’habitude, maintenant à ce que tout le monde engage la conversation avec moi. Je peux difficilement faire dix mètres sans que quelqu’un m’interpelle, essentiellement des femmes et des enfants, moins les hommes qui ne doivent pas oser s’adresser à une femme. Leur première question est invariablement : « De quel pays venez-vous? » , puis « Comment vous appelez-vous? », puis « Qu’avez-vous visité en Inde? ». Suivent toutes les questions sur mon travail, le nombre de mes frères et sœurs, le métier et la localisation géographique de mon mari, etc, etc… Il est très rare que je m’assoie dans un bus ou à une table de restaurant sans que mon voisin engage immédiatement la conversation avec une grande curiosité (du moins s’il parle anglais). Cela pourrait être fatiguant de toujours répondre aux mêmes questions toute la journée, mais les gens sont toujours tellement gentils que c’est un plaisir de discuter un moment avec eux. L’on me prend souvent en photo en douce. Il y a pourtant pas mal de touristes ici mais peut-être que je vais dans des lieux où ils ne se rendent pas (pas l’ombre d’un sur la plage) et sont-ils étonnés. Les mères poussent leurs enfants tout intimidés vers moi en leur disant : « Vas-y, dis-lui : « Hello, what’s your name? ». Une fois que nous avons échangé nos noms et que je leur ai serré la main en disant « Nice to meet you » , ils retournent très fiers auprès de leurs parents qui parfois ont immortalisé ce moment historique en prenant une photo avec leur téléphone portable. Je serre chaque jour un nombre assez impressionnant de mains d’enfants. Il y a aussi tous ces gens qui me font bonjour de la main et de la voix, et qui semblent absolument ravis lorsque je leur réponds. Il faudra que je discute avec Adèle pour comprendre cette attirance et cette curiosité pour moi. J’en ai discuté avec d’autres touristes, apparemment ils ne sont pas « harcelés » de la sorte. Peut-être est-ce le fait que je sois une femme seule qui les intrigue.