Belur et Halebib (et à la fin de Mysore en rab')
5 octobre
Me voici à Belur, petit village plutôt agréable. J’ai dû prendre trois bus différents pour y parvenir ! Tous les trois étaient bondés : les gens debout se serraient dans l’allée comme dans le métro à l’heure de pointe. Heureusement, j’ai toujours eu une place assise. Enfin je découvre la campagne, la vraie : je finissais pas croire que le moindre recoin de l’Inde était semé de maisons. Il fait bien frais et la pluie ne cesse pas : j’ai sorti mon pull pour la première fois depuis mon arrivée en Inde.
A nouveau, me voici la seule occidentale dans les rues. Les gens sont toujours gentils mais l’ambiance n’est plus la même. Habituellement, les gens me regardent du coins de l’œil en souriant. Ici, les gens me dévisagent fixement sans sourire du tout ! Je ne me sens pas très à l’aise. Mais aucun soucis à signaler.
J’ai visité un temple du 12ème siècle extraordinaire à 15 kilomètres de là, à Halebib (4ème bus de la journée). Il avait une forme d’étoile et était sculpté sur toutes les faces du haut en bas. Un petit garçon est venu me pincer la fossette avant d’embrasser ses doigts. Puis il a disparu. Je me demande ce que cela veut dire. Les gens recommencent à venir vers moi pour me serrer la main et beaucoup me demandent une photo.
De retour d’Halebib il faisait nuit. Je suis tout de même allé au temple de Belur (village où je dors), en compagnie d’une famille rencontrée à la station de bus d’Halebib. Lorsque nous sommes arrivés des musiciens jouaient très fort de la musique dans le temple principal (vraiment très très fort) pour réveiller le Dieu. Une fois qu’il était réveillé un prêtre a fait sonner une cloche et tous les fidèles se sont approchés du fond du temple. Un prêtre a ouvert un rideau derrière lequel se trouve la statue du Dieu. Les prêtres se sont mis à réciter des prières répétées par les fidèles et à faire des cadeaux au Dieu, à l’épousseter, à lui faire de l’air avec un éventail et à lui envoyer de l’encens. Puis les prêtres ont demandé au gens de se mettre en ligne de chaque côté de l’allée qui mène à la statue. L’un d’eux est passé devant les gens alignés avec du feu et les gens passaient leur main dessus. Puis un autre prêtre est passé avec une coupelle remplie d’un liquide et d’une mini-louche. Il mettait le contenu d’une mini-louche dans la main tendue des gens qui en buvait une partie et se mettaient le reste sur la tête. Puis un troisième prêtre est passé avec une assiette pleine de poudre rouge que les gens prenaient pour se mettre sur le front. Ensuite c’était fini. Les musiciens sont partis réveiller un autre Dieu dans un temple annexe suivi des prêtres. Certains Dieux avaient plus de fidèles que d’autres pour assister à leur lever. Des crapauds sautillaient deci-delà sur les dalles du temple. Il y a eu une coupure de courant générale dans le village et le temple s’est retrouvé dans le noir, avec juste la lune rousse qui éclairait faiblement le temple. Plutôt magique !
Un évènement m’a fortement déplu aujourd’hui au restaurant. Je mangeais lorsqu’une femme pauvrement vêtue est venue s’asseoir à ma table (normal, les tables sont complétées tant qu’il y a de la place et les gens seuls n’ont pas le reflexe de monopoliser une table mais s’assoient là où il y a de la place). Le serveur - très gentil avec moi- l’a trouvé sans doute pas assez bien pour moi et lui a dit avec rudesse de déguerpir et de se mettre au fond de la salle ! J’étais furieuse! J’avais envie de prendre mon plateau et d’aller m’asseoir à côté d’elle mais je me suis dit que j’allais la gêner ou lui poser des soucis. D’autant plus qu’elle ne parlait pas anglais et qu’il n’était pas facile de faire semblant d’avoir été coupé dans une conversation. Ensuite une jeune étudiante a lunette est venu s'asseoir à la même place et le serveur ne lui a rien dit.
Il m’arrivait plus ou moins la même chose à Cochin. Je m’approchais d’une échoppe pour voir les babioles à acheter et aussitôt le vendeur poussait les femmes indiennes qui regardaient (les poussaient vraiment de la main en les touchant et avec rudesse) pour me laisser toute la place devant l’étale! Cela me rendait vraiment furieuse. Bien sûr, lui, il n’y comprenait rien et croyait me faire honneur. C’est arrivé au moins deux fois. Ensuite, je ne me suis plus approchée des magasins de Cochin.
Hier soir, à Mysore, je suis allée au cinéma ! Génial, mais comme j’ai mis trois quarts d’heure à trouver (je savais seulement plus ou moins dans quel quartier chercher et que les films commençaient toujours à 19 heures 30) je suis arrivée en retard (19 heures 35), et l’ouvreur (ou je ne sais pas qui) m’a demandé 50 roupies sinon je n’entrais pas sous prétexte qu’il n’y avait plus de place. J’ai dis que je ne le croyais pas et j’ai demandé à voir son responsable (le tout avec un grand sourire, bien sûr). J’ai discuté et argumenté dix bonnes minutes, rien que pour m’amuser (il rigolait bien lui aussi), et finalement, je lui ai donné les 50 roupies (80 centimes d'euro) et suis allée voir le film. C’est vrai que la salle était bondée. Le son était extrêmement fort, sans doute pour couvrir le bruit des discussions, des ventilateurs, des portables qui sonnent, des gens qui mangent, mais surtout parce que les Indiens sont complètement sourds (c'est ma théorie). Ma cage thoracique résonnait tellement c’était fort. A la limite du supportable (non, totalement insupportable, je devais me boucher les oreilles avec les mains et je regrettais de ne pas avoir pris mes boules quiez). Le film était sympa (pas bien compliqué parce que j’ai tout compris) et la participation du public très amusante. Les gens réagissaient à la moindre phrase de leur héros, sifflaient, hurlaient, riaient, huaient, s’exclamaient, applaudissaient… Lorsqu’une chanson dansée commençaient - le moment que tout le monde attend - le public applaudissait et hurlait de contentement. Je pensais qu’à la fin le héros - un peu gaffeur mais tellement pur et gentil - ayant enfin conquis le cœur de sa belle, lui poserait un chaste baiser sur la bouche, mais même pas : ils se sont seulement tenus par le bout des doigts. L’actrice principale n’a rien montré de plus osé que son bras dévêtu. Par contre, aucune occasion n’était manquée pour montrer le beau torse luisant du héros et ce jusqu‘à la limite extrême du pubis, ce qui provoquait immédiatement un tonnerre de hurlement et de sifflement dans le public (de la part des hommes, les femmes restaient coites, mais n’en pensaient pas moins (en tout cas JE n’en pensais pas moins : HAHOUUUUUU!!!!!)).
Mysore, la ville que j’ai visité hier, m’a semblé beaucoup plus propre et disciplinée que les autres villes indiennes que j’ai visité jusqu’à présent. Non seulement les tas de détritus sont beaucoup moins haut, mais en plus, il y a des passages piétons et des feux de signalisation qui sont respectés. Les bâtiments me semblaient également beaucoup mieux entretenus, avec moins de bâtisses laides ou qui tombent en ruine. Les touristes se pressent à Mysore pour visiter le palais, encore habité par le dernier descendant de la famille royale. C’est un bâtiment plutôt récent car sa construction fut achevée dans les années 20. Un palais indien construit par des architectes anglais pendant la grande mode de l’orientalisme : cela donne un fouilli stylistique assez plaisant. Le plus fou était la mégalomanie du souverain. L’arrière du bâtiment est totalement ouvert sur l’extérieur. C’est un genre d’amphithéâtre à l’envers. Le peuple se massait dans la cours du palais et tout en haut de l’amphithéâtre trônait le roi sur son magnifique trône-palaquin (80 kilos de feuilles d’or, l’ombrelle et les sept marches qui y mènent comprises). Sur les paliers de l’amphithéâtre les dignitaires n’étaient pas assis vers la foule mais lui tournaient presque le dos et regardaient le roi. Sur les côtés, il y avait également les loges des femmes, bien sûr tourné vers le roi. Vous comprendrez mieux en regardant les photos (lorsque j’aurais eu le temps de les télécharger !).
Méga-bises.