Fort Cochin : C'est donc ici que se cachent les touristes !
2er octobre - 10 heures 30
Il pleut à verse. Je peux donc me prélasser dans ma chambre d’hôtel sans culpabiliser, chouchouter mes petons qui commencent à porter les stigmates de ce long voyage de routarde, faire ma lessive, penser la suite de mon voyage, et vous écrire.
J’ai été ravie de retrouver la pluie et la fraîcheur au Kerala après la chaleur suffocante du Tamil Nadu. Quelle sensation de bien être à mon arrivée à Quillon, en découvrant que pour la première fois depuis mon atterrissage en Inde, mes vêtements n’étaient pas collés à moi, trempés par la transpiration. Les autres touristes se plaignent de la chaleur d’ici, j’ai pour ma part l’impression de revivre. Par contre, lorsque le soleil pointe son nez, il est redoutable et brule le moindre petit bout de peau découvert (j’ai eu des coups de soleil sur les mains, les pieds et les doigts!). Les gens d’ici se promènent avec des parapluies, noir à l’extérieur, argenté à l’intérieur, très efficaces pour arrêter les UV. Et pourtant ils ont la peau sombre ! Vous pouvez me voir sur Pikéo avec l’un d’eux, mon guide ayant absolument tenu à ce que je pose avec cet accessoire devant la rizière. Mon premier réflexe en arrivant au Kerala a été d’acheter le premier chapeau que j’ai trouvé, une horreur à 20 roupies mais bien large qui me protège le cou.
Je suis arrivée hier matin à Fort Cochin après avoir pris le ferry jusqu’à Kottayam puis le bus jusqu’à Cochin. Cet itinéraire rallongeait mon voyage de deux heures mais je tenais absolument à emprunter le ferry. Je ne l’ai pas regretté. Comme d'habitude, j'étais la seule touriste. Non seulement les paysages ont été très beaux, mais j’ai pu observer une petite tranche de vie des habitants du coin, le ferry étant leur principal moyen de transport du fait de la multitude de canaux. L’équipage était composé de quatre hommes : deux préposés à l’embarquement des passagers, un contrôleur qui encaissait les royalties, et un mécanicien, à côté du moteur (carrément posé sur le pont, à l‘air libre), qui manœuvrait le ferry. Le bruit du moteur était à la limite du supportable et j’ai dû mettre mes boules quiez (Ah ! Les boules quiez ! Quel bonheur en Inde !). Le ferry était bondé d’écoliers en uniforme se rendant en classe. Les préposés à l’embarquement les attrapaient par les bras pour les faire sauter dans le bateau. Arrivé à proximité de l’école, je les ai senti nerveux, essayant de maîtriser la cinquantaine d’enfants qui se pressaient près de la sortie, près à sauter sur le quai dès que le bateau serait arrêté. Finalement, ils ont réussi à maîtriser la situation et chaque enfant est sorti sagement, car ils tenaient à prendre chacun par le bras au moment de franchir les 20 centimètres qui séparaient le quai du bateau. Assez mignon. Les enfants ne payaient pas mais se précipitaient vers le contrôleur pour lui tendre une feuille de carton violette précieusement rangée dans leur cahier de correspondance qu’il griffonnait. Certains enfants ont fait une heure et demi de trajet avant d’arriver à leur école ! Les plus grands révisaient, les petits garçons s’amusaient sagement, les petites filles se maquillaient ! J’ai été très surprise de voir que les parents maquillaient leurs filles avant de les envoyer à l’école : elles ont les yeux faits, même les plus petites ! Cela leur donne un air de femme apprêtée et maniérée assez désagréable. Pendant ma ballade au bord du lac, j’ai même vu des femmes en train de maquiller un bébé d’environ six mois. Elles m’ont interpellé pour me montrer leur magnifique petite fille. J’ai fait bonne figure mais le visage de ce bébé fardé m’a procuré une sensation de malaise difficilement descriptible.
Des pêcheurs embarquaient également sur le ferry avec des bassines pleines de poissons et de coquillages. Ils devaient sûrement se rendre au marché. Les autres voyageurs adultes, très curieux, allaient soulever les toiles de jutes pour admirer le résultat de la pêche.
Un monsieur, m’ayant observé prendre des photos, m’a demandé de me les lui montrer. Il semblait très surpris de voir les paysages sur le petit écran de l’appareil numérique. Par geste, il me demandait de prendre en photo diverses choses et restaient ébahi lorsqu’il les voyait apparaître à l’écran. Finalement, il m’a demandé de le prendre lui et il est resté estomaqué devant son image. Toujours par geste, je lui ai proposé de lui envoyer la photo. Comme il ne sait pas écrire, il a demandé à un autre passager de lui écrire son adresse.
Arrivée à bon port, trois des passagers m’ont quasiment pris par la main pour m’emmener à la gare routière et me mettre dans le bus pour Fort Cochin /Ernaculam. Autant de gentillesse désintéressée me surprend toujours.
L’arrivée à Ernakulam et le trajet jusqu’à l’hôtel n’a pas été aussi facile. Pour la première fois depuis mon arrivée en Inde, je croise des touristes occidentaux à tous les coins de rue. Fini l’amabilité, les sourires, l’entraide : je n’étais plus qu’une touriste comme les autres que l’on pouvait racketter, harceler et ignorer. J’ai eu un mal de chien à arriver jusqu’à la maison d’hôte. Heureusement, celle-ci est formidable. Le monsieur m’attendait et m’a servi aussitôt un délicieux repas qui m’a bien requinqué après cette difficile arrivée.
Trêve de courte durée : j’ai voulu visiter Fort Cochin et pour cela, prendre un taxi. Celui-ci m’a non seulement demandé 30 roupies (pour faire 2 kilomètres !) mais en plus s’est arrêté devant un magasin en m’ordonnant d’y entrer et d’y rester quelques minutes parce qu’il touchait une commission sur chaque touriste qu’il amenait. J’ai dû batailler pour qu’il arrête de me prendre en otage et m’emmène à bon port. Il m’a dit que dans ce cas, je devais le rembourser du manque à gagner et lui donner 20 roupies de plus. J’étais furieuse, l’ai envoyé paître et suis allée louer un vélo.
Le clou de la visite à Fort Cochin devait être le Dutch Palace, palais construit par les Portugais au 17ème siècle. Non seulement les trois quart des salles étaient fermées pour rénovation (y compris le clou de la visite : la chambre du roi), mais impossible de voir l’architecture générale du bâtiment, puisque toutes les fenêtres donnant sur la cour étaient volets clos! Quel dommage ! L’extérieur du bâtiment est tout ce qu’il y a de plus simple, mais ce que j’ai pu voir de la cour intérieur par une fenêtre entrouverte en enjambant un sac de ciment et une pile de planche semblait tout à fait étonnant. Idem pour la synagogue du XVIème siècle dont on ne pouvait visiter que la salle de prière alors que c’est l’architecture générale du site qui est intéressant. Quartier juif intéressant mais harcèlement permanant des vendeurs pour nous faire entrer dans leurs boutiques, où ils appliquent bien sûr des prix indécents et veulent nous faire passer de la mauvaise acrylique pour de la pure soie.
Le prix de la nourriture est également astronomique (relativement parlant). Heureusement, j’ai pension complète à la maison d’hôte. On s’habitue extrêmement vite aux prix indiens. Au début, on a le réflexe de tout convertir en euro, et lorsque l’on nous propose un petit éléphant en bois sculpté à 1 euros 50 on est absolument ravi. Puis, lorsque l’on se rend compte qu’un thé coute 4 à 6 roupies, un ticket de bus 3 roupies, un voyage en train couchette 120 roupies, une chambre dans un hôtel correct 300 à 600 roupies et un menu complet 80 roupies, j’ai envie de dire « Me prenez-vous pour une truffe? » lorsque l’on me propose un plat complet à 200 roupies (3 euros). On ne pense plus en euros mais en roupies et on devient extrêmement chipoteur. J’ai parfois honte de marchander interminablement (le plus souvent sans y parvenir) pour quelques centimes d’euros.
La pluie a cessé. Je vais retourner affronter les rues de Fort Cochin avec ma précieuses bicyclette.
Pas eu le temps d'annoter les photos sur Pikeo depuis un bon bout de temps. Je m'y colle dès que possible.
Bises