Mon arrivée à Broome
Lundi 29 mars
Je quitte Darwin sous une chaleur intenable. J’espère qu’il fera moins chaud à Broome mais j’ai peu d’espoir.
Ce matin j’ai terminé la visite du musée de Darwin, passionnant : j’ai vu le fameux crocodile Sweetheart, une méduse box (celle dont le poison est mortel), une exposition sur le cyclone qui a détruit la ville avec un enregistrement sonore de celui-ci qui donne froid dans le dos, une collection de bateaux des pays du Pacifique qui fait rêver voyage et une collection d’art aborigène somptueuse. Je commence à me familiariser avec les artistes aborigènes : je connais de plus en plus de noms et parviens à définir l’origine géographique d’une œuvre par son style.
En attendant le bus qui devait me conduire à l’aéroport, j’ai fait un court arrêt à la galerie d’art « Frame » devant laquelle je passais et qui vaut le détour (pas seulement pour sa climatisation !). Je m’amuse à deviner quelles sont les peintures qui coûtent les plus chères… et me trompent rarement !
Trajet en avion avec Skynorth agréable : profusion de boissons fraîches, boissons chaudes, biscuits, mini-sandwich et surtout le paysage est très beau. Tout d’abord vert, marécageux, zébré de rivières zigzaguantes, puis plus sec et coupé de longs rifs montagneux.
C’est la première fois que je prends un avion qui fait un arrêt pipi ! L’avion rejoint Darwin à Perth mais fait deux escales à Kununurra et Broome. Il est autorisé de sortir pour aller aux toilettes et se dégourdir les jambes, ce que je ne manque pas de faire pour visiter le minuscule aéroport (il n’y a que 5000 habitants permanant à Kununurra !). Cette ville n’existe que parce que l’Etat la bourre de fonctionnaires chargés de l’exploitation agricole de la région. Les paysages alentour semblent magnifiques : c’est le Kimberley, une région réputée pour ses immensités désertes. Il y a des arbres au tronc énorme : sûrement les fameux arbres bouteilles que j’ai déjà admiré au jardin botanique de Sydney.
Arbre bouteille, rue de Broome.
L’aéroport de Broome est au cœur de la ville et l’on peut se rendre partout à pied ! L’auberge de jeunesse est à trois minutes à peine de marche.
L’auberge de jeunesse ne me plait pas : des hordes de jeunes bruyants qui squattent la piscine, la musique à fond, un bar où tout ce petit monde se soulent. Cela promet des nuits sans sommeil. Mais je n’ai pas le choix : il paraît que l’autre auberge de jeunesse est pire (c’est même leur slogan publicitaire : chez nous, pas une soirée sans être bourré (to be pissed off) !!!!). La cuisine est repoussante de saleté et pue la vieille bouffe qui se putréfie. Une éclaircie : nous ne sommes que 3 filles dans le dortoir de six et mes deux colocataires, une Allemande et une Irlandaise, semblent très sympathiques.
Je contacte Kathleen par téléphone : comme convenu, elle m’emmènera à Goombaragin jeudi et me propose que l’on se voit mercredi après-midi pour discuter de mon séjour. Cela me laisse deux jours entiers pour visiter Broome. Je suis contente d’avoir eu un contact téléphonique. Elle me dit qu’il y a des changements mais qu’elle est toujours d’accord pour m’emmener si cela me convient. Ces « changements » qu’elle a évoqué m’inquiètes : je me creuse la tête pour deviner de quels changements il peut s’agir.
Je vais faire quelques courses (Du lait ! Des yaourts ! Du fromage ! Des cookies !) puis repos. Le long du trajet des petits groupes de touristes m’arrêtent : « Marcher seule dans Broome la nuit tombée? Vous êtes folle ! ». Ils veulent me faire faire demi tour et me ramener à l’auberge de jeunesse. Je leur réponds que j’ai faim et que nous ne sommes pas en Cisjordanie occupée. A l’auberge, il y a des affichettes dans chaque chambre : « Ne vous baladez pas seule le soir » avec le dessin d’une jeune femme en jupette et hauts talons. Du coups, les filles se paient un taxi pour faire 500 mètres. Pendant tout mon séjour à Broome, on me rabâchera les oreilles avec l’insécurité : « Les aborigènes boivent, vous comprenez », mais je n’aurais jamais le moindre petit problème. Leur peur de l’obscurité ressemble fort à un vieux fond de racisme.
Deuxième jour, Broome
La nuit fut étrangement bonne : extinction des feux et du bar à 23 heures. Chaleur étouffante dans le dortoir mais c’est pire à l’extérieur parce qu’il y a un semblant d’air conditionné.
Cruelle découverte au moment du petit déjeuner : le frigo marche mal et mon lait est foutu. Des fourmis ont réussi à s’introduire dans le frigo et se sont infiltrées dans ma confiture et mon pain. Et que faire de mes précieux yaourts ! (une denrée luxueuse en Australie : 3 fois plus cher qu’en France et acheté à l’unité. J’avais fait une folie la veille en en achetant 5 d’un coup). Je ne peux m’empêcher d’en manger un au risque de tomber malade. J’ai l’estomac un peu bouleversé après le petit déjeuner mais en toute honnêteté je ne peux pas dire si c’est la faute de la gorgée de lait pourri, des fourmis qui croquent sous la dent, du pain qui a fermenté ou du yaourt. Qu’importe : ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.
La chaleur me tue. Je me refugie dans la bibliothèque de la ville, climatisée. S’y rendre est une torture : je compte les pas. Ensuite, je pousse jusqu’à la « Town beach », la plage de la ville, sûrement mon côté masochiste. Moins d’un kilomètre à faire, mais 40° à l’ombre : il me faudrait boire un litre d’eau tous les 100 mètres. Un petit cimetière au bord de l’eau qui contient cinq tombes des premiers colons. Je me renseigne auprès d’un couple qui a l’air du coin : « Pas de problème pour se baigner, c’est la fin de la saison pour les méduses et les crocodiles sont plus loin ». Mais ils me conseillent tout de même de rester au bord et de ne pas rester longtemps. L’eau est de toute manière tellement chaude qu’elle n’apporte aucun bien être : pas la moindre sensation de rafraîchissement.
Je fais le plein d’eau et repart en sens inverse : chaud...
De retour à l’auberge de jeunesse, je retrouve mon sac de provision posé sur la table de la cuisine : comme il n’y a pas assez de place dans les frigos, des « connards », il n’y a pas d’autres mots, sortent les sacs des autres pour mettre les leur à la place. Cette fois-ci tout est foutu. Je me résous à revenir à l’habituel « soupe en sachet / boite de thon », jusqu’à la fin du séjour.
Je décide de passer le reste de la journée a avoir chaud dans ma chambre. Ma température interne doit avoisiner les 43°. Lorsque je me trempe dans la piscine elle redescend à 41°.
17 heures : il y a une légère petite brise, c’est la nuit qui arrive. A l’extérieur il fait encore très chaud mais au moins il n’y a plus le soleil qui tape. Je fais une mini-ballade dans Old Broome. C’est chouette. Des magasins de perles partout. Il y a un vieux ciné prodigieux dont je tombe immédiatement amoureuse. Le choc en entrant : c’est le film « Bran nue day » qui m’a donné l’idée de venir à Broome, et dans ce film l’une des scènes se passe dans un cinéma en pleine air, et me voici dans ce cinéma ! Exactement comme dans le film ! Mêmes arbres, même chaises longues ! Dans le film, le cinéma me semblait trop beau pour qu’il soit vrai, et voilà que je suis à l’intérieur ! C’est un bijou ! J’en ai les larmes aux yeux.
Il n’y a pas internet à Mac Do.
Le Sun Picture.
Interieur du Sun Picture.
Troisième jour, Broome
Le matin je me rends à Cable beach avec la navette organisée par l’auberge de jeunesse.
Rien à dire à part qu’il fait chaud. Je ne vois pas l’intérêt de la plage, dont on dit pourtant mont et merveilles. N’importe quelle plage du New South Wales et 20 fois mieux.
Quelques rencontres intéressantes à l’auberge de jeunesse :
Nicola, Irlandaise à l’accent à couper au couteau. Elle a fini son voyage et est sur le point de retourner à la maison. Je commence à regarder les gens qui rentrent chez eux avec envie. Mais passé la petite minute de nostalgie, je pense à ce qui m’attend en France et l’envie se transforme en appréhension. Je ne peux pas retirer de ma tête l’image de la poule qui a passé sa journée dans le grand extérieur et qui rentre au poulailler avec un jabot tellement gonflé qu’il part de travers. Je tâte de temps en temps mon jabot symbolique et je me dis qu’il y a encore un peu de place, et puis il ne fait pas encore tout à fait nuit…
Steph, toute jeune Allemande venu faire au pair à Broome. Mais la famille pour qui elle est venue et qu’elle a rencontré la veille veut voir d’autres filles avant de lui donner sa réponse ! Je trouve un peu dégueulasse de faire venir quelqu’un de si loin (elle était à Perth) pour lui faire passer un « entretien d’embauche » (finalement la famille choisira quelqu’un d’autre et elle passera plus de deux semaines à l’auberge!).
Une Taïwanaise dont j’ai oublié le nom et qui venait de se faire « virer » de son travail dans une station à 35 kilomètres de Broome. Pour ceux qui ne connaissent pas, une station est une ferme d’élevage qui, par sa situation près d’une route, fait également station service, restau, petit magasin… Toutes les stations que j’ai rencontré étaient sombres, glauques, déprimantes au possible, avec trois gâteaux rancis à 8 dollars derrière une vitrine sale et un vieux barbu momifié au bar. Elle racontait que ni son téléphone, ni internet ne marchait : rien à faire à part compter les vaches. Ce devait être l’enfer. D’habitude les Asiatiques sont effacés mais elle avait le caractère d’une Espagnole.
J’ai rencontré aussi un Italien, Fabio, qui travaille sur un bateau. Il nettoie les coquillages dix heures par jours pendant dix jours pour 1500 dollars brut. C’est très peu mais il est nourri et logé sur le bateau et donc n’a pas de dépenses. Lorsqu’il rentre il a 3 ou 4 jours de repos (non payé), et il repart pour 10 jours. L’expérience m’aurait plus, mais cela doit être difficile à cause de la chaleur. En Italie, il est camionneur. Avec l’argent qu’il va gagner il souhaite aller vivre 6 mois en Thaïlande où il veut prendre des cours de plongée et devenir Dive Master.
Je pensais arriver dans un endroit perdu, j’ai fuis le plus loin possible, mais pas assez loin : toute l’Europe s’est donnée rendez-vous à Broome pour chercher un boulot. Essentiellement de jeunes Allemands blonds et bourrés dès 11 heures du matin, et de jeunes pétasses et de petits cons de français mal élevés et pétés de tunes. Pas un seul Australien dans l’auberge. Le mauvais souvenir qui me restera de l’Australie : des Européens partout, une invasion de visa « vacances-travail », une usine à tourisme où que l’on aille.
Il paraît que les visas « vacances-travail » sont une manne financière pour l’Australie : un jeune venu travailler pendant un an dépense en moyenne 2 fois plus qu’il ne gagne (sans parler des impôts à 25% dès le premier centime gagné). L’Australie a tout intérêt à se laisser envahir !
L’après-midi je rencontre Kathleen. Je l’attends une bonne heure avant qu’elle n’apparaisse. Sous cette chaleur, c’est dur. Les changements dont elle m’a parlé l’avant veille, c’est qu’elle est en train de divorcer, et qu’elle vit seule avec son chien. Son petit garçon va à l’école à Broome et vit avec son père pour le moment. Elle propose que nous fassions de la peinture, du jardinage et quelques menus travaux. Cela me convient bien sûr parfaitement. Son projet est de bâtir un camping écologique sur le terrain qu’elle possède dans la Dampier Peninsula. Comme elle part de zéro elle a besoin de bénévoles prêt à l’aider un peu contre l’hébergement et le couvert.
Rue principale de Broome.
Le soir, je suis allée admirer le « Stair of the moon » avec les copines de chambrée. A marée basse, les nuits de pleine lune, quand elle apparaît à l’horizon, on dirait qu’il y a un petit escalier sous elle mais en fait c’est son reflet sur le sable mouillé. Je n’en garde pas un souvenir particulier car je suis bien plus fascinée par les 2000 touristes amassés sur la jetée qui prennent tous une photo de la lune AU FLASH ! (et sans pied). Cela flashe d’ailleurs tellement qu’on y voit comme en plein jour. Cela va donner environ 10 000 photos loupées. L’humanité est irrécupérable et emportera la planète dans sa chute.
Petit marché sympa où nous mangeons des donuts.