"Perth" ou "Trainer ses os"
Dimanche 13 juin 2010
Mon meilleur souvenir de Perth sera la couverture chauffante. On la met en route un peu avant d’aller se coucher et on se glisse dans un lit chaud. A part cela, pas grand-chose. Le soleil était pâle, les distances étaient longues, la ville n’est qu’un mini-centre hyper-moderne buildineux sans charme entouré de dizaines de kilomètres de quartiers résidentiels. J’ai visité l’ensemble des musées en quelques heures sans rien trouver de passionnant excepté une exposition de l’artiste victorienne Patricia Piccinini que je trouve extraordinaire et que j‘avais découverte à Bendigo.

Fremantle, où j’ai logé les 3 premières nuits, est une petite ville charmante. La ville historique qui s’étale sur trois rues verticalement et horizontalement, a été totalement phagocyté par une université catholique. Chaque bâtiment (souvent magnifique) est une salle de cours, le réfectoire, la bibliothèque, le gymnase. Le petit parc lui-même appartient à l’université et les étudiants y révisent leurs cours au soleil. Je logeais chez la maman de Lehani, une institutrice de Bidyadanga, qui m’a accueillie de la manière la plus aimable qui soit. Les deux dernières nuits chez les parents d’une autre institutrice, dans la banlieue nord de Perth, se sont révélés nettement moins agréable, mais je n’ai pas le droit de critiquer des personnes qui ont eu l’amabilité de me loger.
J’ai quitté la communauté aborigène où je fais du bénévolat à l’école le 5 juin pour passer mes examens de licence de droit à Sydney. Faire un aussi long trajet et débourser autant d’argent uniquement pour passer 4 épreuves à l’ambassade est totalement ridicule, je le reconnais. Mais mon dernier mois et demi ont été consacré uniquement à ma licence de droit, et il aurait été stupide de gâcher toutes ces dures et intenses révisions. Sur le chemin du retour vers Broome, j’en ai profité pour m’arrêter à Perth pour visiter, ce qui explique ma présence dans cette ville. Mais je n’ai plus trop d’enthousiasme pour le tourisme, je me sens seule et fatiguée les visites m’ennuient. Je crois être arrivée au point de saturation après 10 mois de voyage.
Cela fait longtemps que je n’ai plus écrit sur le blog. Ecrire et mettre en page me prend énormément de temps, et comme je n’ai aucun écho à part Mélanie et Jeanne j’ai l’impression que personne ne me lit et je préfère donc étudier mon droit.
L’école de Bidyadanga est une expérience intéressante mais très difficile. Je savais que ce ne serait pas facile : la différence culturelle, se faire accepter par la communauté aborigène, me trouver confronter à des situations pénibles. J’étais psychologiquement prête à surmonter tout cela pour faire de mon séjour une expérience inoubliable. Hélas, les épreuves qui m’attendaient n’étaient pas du tout de cet ordre là : je pensais être invitée par la directrice qui avaient besoin de mes services dans son école. En fait, j’ai découvert dès mon arrivée que la personne avec qui j’étais en contact n’était pas la directrice de l’école mais une simple institutrice, qu’elle m’avait fait venir sans en parler à personne et que l’école n’avait pas du tout besoin de mes services (l’école a énormément de moyens et de personnel : il y a un adulte pour 5 enfants !). L’institutrice m’avait fait miroiter du bénévolat au sein de l’école contre le logement et la nourriture mais en fait souhaitait uniquement me faire vivre chez elle : elle n’était plus capable de vivre seule et avait besoin d’une personne avec qui parler, lui faire la cuisine, le ménage, l’empêcher de boire et veiller sur elle.
Personne n’ayant besoin de moi dans sa classe, et personne ne comprenant vraiment ce que je faisais là, j’ai eu énormément de mal à m’intégrer. J’ai dû expliquer, et reexpliquer encore que je n’étais pas une amie de cette institutrice en visite d’ordre personnel, mais une bénévole venue faire du volontariat de France tout exprès. Personne n’appréciant vraiment l’institutrice chez qui je logeais, on ne m’ouvrait pas facilement la portes des classes, et elle n’a pas été capable elle-même de m’introduire et de me trouver une occupation. J’ai donc passer la plupart de mon temps à la maison à étudier mon droit, ce qui est un comble.
Les professeurs vivent à l'écart de la communauté, dans la "rue des professeurs" juxtaposée à l'école. Vivre en petit cercle fermé 24 heures sur 24 crée une situation oppressante et malsaine (qui me fait penser à Huis Clos de Sartre) que les habitants de la rue des professeurs parviennent à supporter (ou pas) en choisissant le replis sur soi ou l'alcoolisme.
De grands moments de solitude. J’ai tenu bon parce que les occasions de vivre dans une communauté aborigène sont rares, parce que la région est magnifique, et parce que j’ai pu faire de la poterie avec les enfants dans la classe de Wayne, l’artiste en résidence, sa compagne et lui ayant bien compris mes difficultés et ayant tout fait pour me soutenir moralement. J’ai tenu bon, surtout, parce que j’étais bien mieux à Bidyadanga, même frustrée et solitaire, qu’en France, dans un hôpital parisien, à plier des feuilles en trois pour les mettre dans des enveloppes. Il y avait les ciels étoilées de l’hémisphère sud, les promenades dans la poussières rouges et les coquillages énormes sur la plage.
Ce n’est qu’un mois après mon arrivée, lorsque je suis devenue amie avec Lehani, que les choses se sont un peu améliorée, puisqu’elle m’a procuré une compagnie agréable, m’a invité dans sa classe des 6 ans où je me sentais vraiment utile, et m’a introduit aux fêtes et aux soirées données avec les autres professeurs ce qui m’a permis d’enfin rencontrer et connaitre tout le monde.
Dur donc, très dur, d’autant plus que je suis la plus vieille des célibataires, tout le monde ayant entre 24 et 28 ans, et que je n’ai rien à voir avec l’enseignement puisqu’en France, encore une fois, mon dernier travail consistait à plier des feuilles en trois. Arriver dans un endroit où l’on n’est pas attendue, ne pas avoir de rôle ni même d’utilité, me battre avec un anglais rendu plus pitoyable encore du fait de mon malaise et de mon mal-être, roder dans l’école comme une âme en peine à la recherche d’un petit quelque chose à faire…
Mais ma patience et mes efforts ont porté leurs fruits, je crois, et j’ai hâte de retourner à Bidyadanga et de retrouver les enfants qui m’offrent quelques moments magiques mais bien trop rares.