Déjà presque une semaine en Thaïlande...
Coucou !
Je suis assise sur le sable de la plage, à trois mètres de l’eau. Le coucher de soleil est terminé maintenant mais il y a une multitude de bateaux sur l’eau qui font scintiller la mer.
Je suis sur Koh Tao, l’île de la Tortue, petite île dans le golfe de Thaïlande à 7 heures de train de Bangkok. Rien de paradisiaque ici : l’île est couverte de petits bungalows et entièrement sacrifiée au dieu tourisme. Plus rien de pittoresque. Difficile même de faire des photos tellement les paysages sont infestés de bâtiments laids, de bars, de restaurants (italiens, français, espagnols, mexicains…), de boutiques à souvenirs, de salons de massage et de tatouages… L’île est un gigantesque Club Med où les jeunes occidentaux viennent faire la fête (la bière est trois fois moins chère ici qu’en France). A la nuit tombée chaque bar essaie de mettre la musique plus fort que son voisin pour attirer les clients… qui n‘arrivent jamais! C’est la saison basse : on ne se presse pas au comptoir. Les autochtones en profitent pour faire des travaux et rafistoler à la va-vite leur hôtel ou leur resto. Une drôle d’ambiance… Si on excepte quelques cocotiers deci-delà, on pourrait être n’importe où. J’entends parler toutes les langues du monde excepté le Thaï. Je me demande pourquoi les gens viennent de si loin pour passer des vacances dans cet endroit sans âme. La plage n’est pas belle. Pour séjourner dans les derniers recoins de l’île restés sauvages il faut dormir dans des hôtels à 220 euros la nuit (1100 baths), et ce sont des endroits sans plage, où la mer vient se cogner contre de gros rochers. Certes, il y a les fonds marins, mais la vie marine de la Corse me semble bien plus belle et foisonnante. Pour voir la vraie vie marine tropicale, il faut s’inscrire dans un club de plongée et partir bien loin, en bateau, dans un recoin que le flot incessant des plongeurs n’a pas encore saccagé. Lors de ma première plongée en mer nous étions une vingtaine de plongeur sur 50 mètres carrés… Mais la plongée sous-marine procure des sensations formidables et j’ai vu des poissons magnifiques.
Aujourd'hui c’est le troisième jour de mon stage de plongée. Je suis ravie : l’instructeur (un Français) est très compétent et mes trois compagnons d’apprentissage (deux Allemands et un Canadien) sympathiques et discrets. Demain nous irons survoler des coraux… du moins je l’espère !
On m’avait dit énormément de bien de la Thaïlande. En ce qui me concerne, je n’ai encore rien vu qui mérite le voyage. Les Thaïlandais ont un comportement particulier avec les touristes… mais sûrement très sain et intelligent. Nous sommes leur troupeau et ils nous mènent avec fermeté où ils le souhaitent, mais avec une politesse et un effort chichement mesurée : il s’agit de ne pas gâter la laine de ces gentils moutons. Mais les Thaïlandais on peut-être raison de prendre notre argent sans grand égard pour nous : les touristes qui viennent ici ne valent peut-être pas plus. Tout le monde s’accorde sur l’île pour une qualité de prestation très basse et des prix qui semblent raisonnables aux occidentaux (mais tout de même bien excessifs) et tout le monde est content : les Thaïlandais s’enrichissent (Que de belles voitures neuves ! Que de gigantesques maisons !) et les touristes sont heureux.
J’ai du mal à saisir comment on peut trouver le bonheur ici, tellement ce pays est dénaturé et abimé. Mais j’ai rencontré une Française à Bangkok avec qui j’ai eu une conversation intéressante. J’étais absolument horrifiée par ces rues hyper touristiques de Bangkok en soirée, où les taxis nous proposent une liste de bars à putes (pour tous les goûts!), où des filles vêtues d’une mini-jupes en fausse peau de léopard essayent d’entrainer les groupes dans les bars, où les rues étaient tellement recouvertes de panneaux lumineux qu’il était impossible de voir les belles maisons anciennes et typiques cachées derrières, où la population est coupée en deux : les touristes débraillés et à moitié saouls qui chantent au milieu de la rue et les Thaï qui leur vendent de la bière, des massages à la chaîne et de mauvais repas (je n’ai rien mangé de réellement bon depuis mon arrivée : ma meilleure expérience de nourriture Thaï reste de très très loin le restaurant parisien où m’a emmené Mélanie). Et donc, dans ce cauchemar éveillé, cette Française m’a dit qu’elle était « tellement rassurée, parce qu’elle avait peur d’être seule, mais qu’elle était très contente de voir qu’il y a plein d’occidentaux ici ». Peut-être est-ce la raison pour laquelle les touristes se massent en Thaïlande : ils savent qu’ils trouveront une grande proportion de compatriotes et les autochtones sont assez intelligents pour leur donner exactement ce qu’ils attendent : la même nourriture, les mêmes bars, la même musique et les mêmes activités que chez eux. Le tout en ayant le moins de contact possible avec eux.
J’espère que la visite du nord de la Thaïlande la semaine prochaine se révèlera plus enrichissante.