17 octobre : Voir un requin et quitter Ko Tao

Publié le par Célia Sorg

Je suis dans le Ferry qui m’emmène de l’île de Ko Tao à Chumpon, le port le plus proche, où je prendrai le train de nuit pour Bangkok. La traversée dure 2 heures et demie : la terre n’est pas toute proche !

J’ai toujours du mal à quitter les endroits où je suis restée quelque temps, même quand je ne les aime pas. J’ai regardé s’éloigner l’île de la Tortue et les endroits où j’ai plongé avec regret. J’aurais bien aimé continuer ma formation deux jours de plus pour pouvoir plonger à 30 mètres de profondeur. Tant pis, la suite du voyage m’appelle !

Les deux plongées d’hier étaient magnifiques, surtout la première, car nous étions les seuls sur le site, et nous avons pu voir de très nombreux poissons ainsi qu’un serpent de mer à rayures blanches et bleues. Selon Vincent, l‘instructeur de plongée, c’est très rare d’en voir un. Il est remonté respirer à la surface en ondulant, à inspiré une grosse golée d’air, puis est retourné s’installer sur son rocher à 10 mètres sous l’eau ! Nous avons également vu des raies à poids bleus, une escadrille de bébés barracudas à queue jaune, un « Bana fish », des « sergents majors fish », un poisson ange à auréole bleue, des poissons titans (gros, massifs, avec une énorme bouche, très impressionnants), un « Puffer fish » (poisson très rigolo avec un gros visage mais un petit corps, on dirait qu’il a des grosses joues rondes toutes gonflées).

Ce matin, les deux plongées furent beaucoup moins plaisantes car il y avait UNE ARMADA DE BATEAUX DE PLONGEE sur le site. Une quarantaine de plongeurs étaient avec nous et nous formions des autoroutes sous l’eau avec des priorités à droite et des dépassements par la gauche. Les poissons les plus timides se cachaient dans les anfractuosités et nous regardaient piteusement lorsque nous tendions le cou pour les distinguer entre les roches. Les poissons anges et les poissons papillons continuaient à vaquer à leurs occupations sans s’occuper de nous. En passant par-dessus les rochers les groupes de plongeurs battant des palmes de concert créaient un puissant remous qui arrachait à moitié les anémones et les algues qui s’y trouvaient ! Je comprends maintenant qu’un site puisse devenir stérile après quelques années voir quelques mois de plongées ! Je faisais tout mon possible pour éviter de toucher les coraux, les anémones et les algues avec mes palmes, mais lorsque l’on est fasciné par quelque chose on a envie de s’approcher et on oublie que l’on a des pieds trois fois plus longs que d’habitude ! Je pense que notre seule présence abime la vie marine. Alors quand il y a quarante personnes par heure 7 jours sur 7, c’est l’hécatombe ! Mais même en sachant cela je n’ai pas pu m’empêcher de signer pour deux plongées supplémentaires : c’est trop beau et trop fascinant !

Sur le premier site de ce matin nous sommes descendus à 18 mètres le long de rochers qui descendaient verticalement à 40 mètres sous l‘eau. Donc nous étions à mi-distance entre le fond sablonneux et la surface, adossés à une falaise marine multicolore grouillante de vie. Nous flottions entre deux eaux et en se tournant vers le large, nous étions happés par l’immensité du grand bleu! J’aurais cru être totalement terrorisée de me retrouver face à l’infini aquatique. Je me rappelais le Cap Feno lorsque je regardais le large depuis la crique avec mon masque et que cela devenait sombre et noire : il pouvait y avoir n’importe quoi dans cet espace insondable ! Ce simple souvenir me donnait des frissons dans le dos. Et bien curieusement, je n’avais pas peur du tout : j’étais simplement fascinée par le large ! Et lorsque j’ai vu un requin de trois mètres de long sortir de l’infini pour s’approcher vers nous, je n’ai même pas réagi : je trouvais seulement cela magnifique ! Ce n’est qu’au bout de 5 à 6 secondes que j’ai réalisé ce qui se passait et je me suis précipité vers le prof en lui faisant le signe « Requin ! Requin ! » en formant un aileron avec ma main au dessus de ma tête. Le requin est parti puis est repassé encore deux fois, de plus en plus prêt, puis a disparu. Le prof nous avait répété de nombreuses fois que si nous croisions un requin, il ne fallait pas avoir peur, qu’ils n’attaquaient jamais l’homme et avaient peur de nous… Mais il nous a quand même fait remonté vite fait de quelques mètres !

Selon Vincent, le prof, les poissons Titans sont beaucoup plus dangereux que les requins car ils sont très territoriaux : si on entre dans son territoire, il vient illico presto nous en chasser à coup de dents. Et c’est une grosse bête ! Très colorée, très belle, pas plus d’un mètre de long mais très massive ! Lors de la deuxième plongée il y avait deux poissons Titans qui étaient en train de chasser : c’était la panique chez les poissons comestibles ! On les voyait tous fuir à droite, à gauche, en haut, en bas… Les moniteurs étaient un peu sur les nerfs. Si nous en voyons un avec le petit harpon relevé (lorsqu’ils ne sont pas contents ils dressent un petit harpon qu’ils ont sur la tête), nous avions comme instruction de se mettre en position assise, palmes en avant, et de reculer : les Titans attaquent la première chose qui dépasse, donc les palmes. Ils y laissent d’ailleurs de sacrées petites entailles ! Mais tout c’est très bien passé pour nous : les deux poissons Titan souhaitaient simplement pêcher en paix et sont passés à côté de nous, harpon relevé mais continuant leur chemin.

J’ai également vu, loin vers le fond sablonneux, deux gigantesques mérous, impassibles et immobiles.

Et bien d’autres superbes choses encore…

Hier, lors d’une longue et épuisante ballade à pied (ça monte dur et ça descend sec), j’ai enfin trouvé un coin agréable et préservé. C’est à l’est de l’île, au fond d’une petite crique, au bout d’un difficile chemin non carrossable. Un hôtel restaurant de basse qualité a trouvé moyen de s’installer là, mais l’endroit est resté calme et sauvegardé. Il n’y a pas de plage sablonneuse, mais de gros rochers. J’ai flotté dans la baie avec mes palmes et mon tuba pendant une bonne heure : c’était magnifique ! Jusqu’à présent, hormis les plongées en bateau, je n’avais vu qu’un fond marin tristounet fait de coraux morts et de concombres de mer répugnants. Mais à Hin Wong Bay, j’étais entourée de centaines de poissons multicolores dont certains venaient à 10 centimètres de mon masque me dire bonjour ! Et j’étais toute seule dans l’eau ! Un excellent moment tout à fait magique. Mais ça ne durera pas : des bucherons étaient en train d’abattre des palmiers et des sacs de béton attendaient bien sagement au bord de la plage…

Voilà pour aujourd’hui !

Bises

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Publié dans Thailande

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