Attention, cet article contient deux gros mots !
Samedi 7 novembre, 10 heures 30
J’ai longtemps réfléchi a l’adjectif pouvant qualifier la vue sur l’océan depuis la baie vitrée de la maison de Shannon : formidable ? Extraordinaire ? Incomparable ? Magnifique ? Non, la seule expression qui correspond à peu près à ce que l’on ressent en entrant dans le salon, c’est qu’il s’agit d’une « putain de bordel de vue », et même d’une « bordel de putain de vue qui tue sa race ». Le « village » de Gerroa (plutôt un lotissement de maisons somptueuses sans le moindre commerce) est situé sur une langue de terre qui s’enfonce dans l’océan, nous avons donc sur son balcon une vue à 300 degrés sur l’océan et la plage de « 7 miles Beach ». Fascinant! Les photos seront bientôt sur Pikeo mais ne rendent pas l’impression d’ensemble (il faut 3 photos pour en faire le tour).
Shannon, mon hôte, pilote des hélicoptères dans la Navy (et aussi quelques avions de chasse de temps à autre). La base n’est qu’à une vingtaine de minutes de chez lui. Il réalise un vol tous les jours dans un hélicoptère Ecureuil avec lequel il fait des loopings et des vrilles. Il a des horaires de bureau (8 heures - 17 heures, 13 heures le vendredi), voyage aux quatre coins du monde, et en plus il est grâcement payé pour ça (il a 5 motos et un jacuzzi)… Il confesse lui-même que c’est totalement répugnant : « my life is only fun ».
Comment un petit bonhomme de 24 ans, attendrissant d’immaturité, peut-il piloter des avions de chasse pour la Navy ?
Je suis à présent à la gare de Gerringong, attendant le train pour Wollongong. J’ai rendez-vous pour visiter deux appartements cet après-midi. Je vais y passer 3 ou 4 jours pour y trouver un travail, et si je n’y parviens pas, je partirai à Melbourne. Retourner à Wollongong ne m’enchante guère et la perspective de chercher un travail et un appartement m’effraie. J’aurais bien continué à enchaîner les couchsurfings quelque temps encore.
La dernière fois que je vous ai écrit j’étais à Jervis Bay. J’ai quitté la maison de mon hôte Able (rencontré toujours par Couchsurfing) à regret jeudi matin. Impossible d’y trouver un travail, pas plus qu’un logement. Les autochtones préfèrent réserver leurs appartements libres pour les touristes qui paient pour un simple studio plus de 1200 dollars la semaine en été.
Able donc, mon hôte à Jervis Bay, est agent immobilier, surfeur pendant ses loisirs. Son nom n’a rien a voir avec celui de mon petit frère adoré : ses parents étaient des hyppies anglais venus s’installer en Tasmanie dans les années 70. Ils l’ont appelé Able parce qu’ils voulaient qu’ils soient « able to do whatever he wants » (capable de faire tout ce qu’il veut). Après le lycée il a été marin pendant 5 ans dans la Navy, puis il a piloté des bateaux pour montrer les dauphins aux touristes, maintenant il dirige son agence immobilière à Jervis Bay avec un associé. Il a pris des cours de cuisine française et réalise de vraies œuvres d’art avec ses casseroles. C’était attendrissant de voir un géant taillé comme un Hercule me mitonner avec application de délicieux petits plats.
Pour quitter Jervis Bay j’ai dû prendre un bus qui me menait à la gare la plus proche. Leur service de bus est assez amusant. Le regroupement de commune paie une personne qui est chargée de faire la navette toute la journée entre les 3 communes : Vicentia, Huskisson et Nowra (où se trouve la gare). Cela représente 5 allée-retours par jour. Je ne comprenais pas pourquoi le bus que je devais prendre à 15 heures mettaient plus d’une heure pour arriver à bon port alors que les 4 autres horaires ne mettent que 30 minutes. En fait, ce bus fait également ramassage scolaire, et à 3 heures 10 nous sommes allés chercher les enfants à l’école et avons passé dans toutes les petites rues imaginables pour les laisser devant leur porte ! J’ai quand même payé 13 dollars 70 cents pour faire 20 kilomètres en 1 heure 10 parmi une vingtaine d’enfants criant et sautillant partout ! Pas de tout repos.
Je vous embrasse.